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12.9.10

She, A Chinese (Une Chinoise) de Xiaolu Guo

Huang Lu dans Une Chinoise

Encore un film chinois? Oui, mais celui là est assez différent des autres, et réalisé par une jeune femme de talent. D'un bled perdu aux confins de la Chine jusqu'aux quartiers hype de LaCity à Londres, on suit la trajectoire d'une fille prise dans les rêts de la mondialisation où personne n'est plus à sa place. Errance, mariage blanc, sex tarifé, foyers d’accueil, Xiaolu Guo décrit bien, sans poisse, avec justesse la misère micro-sociale. La grande force du film provient de la manière butée de jouer de son héroïne. Lu Huang pour son premier rôle au cinéma est une vraie révélation. Belle, sexy, mutine, fragile, violente, étrange, mélancolique, elle sait tout jouer. Mais les gestes cinématographiques sont là, eux aussi, indéniables : maîtrise du plan serré, rythme soutenu, direction d'acteurs au cordeau. Musique rock dans les scènes de cul et lo-fi lorsque l'héroïne a des bleus à l'âme. Décidément, la réalisatrice à tout compris. (Léopard d'Or à Locarno en 2009)
Claude



Séances SHE, A CHINESE (UNE CHINOISE) de Xiaolu Guo. (via Allociné)
Sorti le 8 septembre en France.

7.9.10

Oncle Boonmee, Celui Qui se Souvient de ses Vies Antérieures d'Apichatpong Weerasethakul


Le réalisateur thaï en état de grâce ou plutôt de lévitation. Ici tout est lent, doux, hypnotique, voluptueux, ouateux, comme dans un rêve éveillé, où toute idée de violence est proscrite. L'apparition des fantômes, la mort adviennent sans heurts, sans cris, sans pleurs, sans brusquerie. Chaque objet, chaque personnage sont rigoureusement à leur place dans un cadre cinématographique d'une plénitude absolue. La Nature et le lent écoulement du Temps sont les grands ordonnateurs de la Vie. Il faut se laisser porter, emporter par les images et les sons d'un monde qui nous échappe forcément, toujours plus vaste, plus complexe. Ne pas se poser de questions, regarder, accepter tous les sortilèges de ce film avec son corps et ses sens plutôt qu'avec son intelligence et sa raison. C'est la seule façon d'apprécier pleinement l'art raréfié d'un des plus grands cinéastes de notre temps.
Claude




Séances ONCLE BOONMEE, CELUI QUI SE SOUVIENT DE SES VIES ANTERIEURES de Apichatpong Weerasethakul. (via Allociné)
Sorti le 1er septembre en France.

Submarino de Thomas Vinterberg

Jakob Cedergren dans Submarino

Le double portrait de deux frères en proie avec la vie. Vinterberg filme Copenhague comme on l'a jamais vu auparavant au cinéma. Sous sa caméra, la ville apparaît glauque, hostile, gelée, engluée, d'une violence inouïe. Vinterberg, décidé à tout montrer, ne nous épargne rien, va jusqu'au bout de la cruauté, avec une surenchère de détails sordides, et ceci, dans une pure logique de cinéma. Tout ce qui pourrait rebuter dans n'importe quel autre film, apparaît ici comme une nécessité impérieuse de la mise en scène pour saisir l'essence même de ce drame de la culpabilité et de l'éducation. Ce qui tient du miracle, c'est que Vinterberg a choisi deux comédiens qui résistent farouchement par leur seule présence à toute forme de discours. C'est par ces corps d'hommes affligés, ces regards perdus, ces silences obtus, ces gestes rentrés, ces lignes d'énergie et de fragilisation très concrètes, très matérielles des personnages, que passe la formidable émotion d'un film qui tient toutes ses promesses. Vinterberg revient de loin. Personne n'aurait parier le moindre kopek sur lui. Pourtant, il réalise avec SUBMARINO la plus belle surprise de l'année 2010. D'un univers très noir, Vinterberg a réussi la prouesse d'un film lumineux, éblouissant de clarté, ouvert sur la vie et sur le cinéma.
Claude




Séances pour le film SUBMARINO de Thomas Vinterberg. (via Allociné)
Sorti le 1er septembre en France, avec Jakob Cedergren & Peter Paugborg.